Phase 03: Search

By SearchFundMarket Editorial Team

Published April 23, 2025

ETA en Espagne et dans l'Espace Ibérique

L'Espagne représente aujourd'hui l'une des opportunités les plus convaincantes et les plus sous-exploitées pour l' Entrepreneurship Through Acquisition en Europe. Avec plus de deux millions de dirigeants d'entreprise âgés de plus de 55 ans et une vague massive de départs à la retraite attendue dans la prochaine décennie, le pays fait face à une crise de succession générationnelle qui génère un flux d'opportunités considérable pour les entrepreneurs-acquéreurs. Des multiples d'entrée inférieurs à ceux d'Europe du Nord, un soutien institutionnel en amélioration constante et le rôle déterminant de l'IESE Business School font de l'Espagne, et plus largement de la péninsule Ibérique incluant le Portugal, une destination de plus en plus attractive pour les praticiens du search fund.

Pour un entrepreneur francophone habitué au marché français de la transmission, l'Espagne offre un dépaysement productif : un tissu de PME comparable en densité mais avec des multiples de valorisation sensiblement plus bas, une culture d'affaires relationnelle qui rappelle le sud de la France, et un écosystème ETA en plein essor porté par l'influence de l'IESE. Ce guide détaille les spécificités du marché espagnol et ibérique pour un searcher francophone.

Le paysage économique espagnol

L'économie espagnole est la quatrième de la zone euro. Elle se caractérise par un tissu extrêmement dense de petites et moyennes entreprises : environ 99,8 % des entreprises espagnoles sont des PME, et elles emploient approximativement les deux tiers de la main-d'œuvre du secteur privé. La crise de succession est particulièrement aiguë : les études sectorielles estiment que plus de deux millions de dirigeants d'entreprise ont plus de 55 ans et qu'une large proportion n'a pas de successeur identifié au sein de leur famille.

Ces entreprises sont majoritairement concentrées dans des secteurs traditionnels : industrie manufacturière, agroalimentaire, distribution, services aux entreprises et industries liées à la construction. Si l'économie espagnole a souffert significativement durant la crise financière de 2008-2014, les entreprises qui ont survécu sont souvent des structures bien gérées, légères, avec des bases clients fidèles et des équipes expérimentées. Cette résilience en fait des cibles d'acquisition particulièrement attractives.

L'IESE : épicentre académique de l'ETA ibérique

L'IESE Business School, située à Barcelone, a été le catalyseur institutionnel le plus déterminant pour l'activité search fund en Espagne et en Amérique latine. Le Professeur Rob Johnson a été pionnier dans l'étude et la promotion du modèle search fund à l'IESE, créant un cours dédié et un programme de recherche qui ont formé des centaines d'aspirants searchers.

Les contributions de l'IESE à l'écosystème ETA espagnol sont multiples. L'école produit l'International Search Fund Study, l'étude la plus complète sur la performance des search funds à l'échelle mondiale. Son réseau d'alumni s'étend à travers l'Espagne, le Portugal, l'Amérique latine et au-delà, créant un maillage dense de searchers, d'investisseurs et de conseillers. De nombreuses acquisitions search fund réussies en Espagne ont été menées par des diplômés de l'IESE, et la réputation de l'école confère aux searchers une crédibilité immédiate auprès des dirigeants espagnols. IE Business School à Madrid et ESADE à Barcelone contribuent également à l'enrichissement de l'écosystème.

Structures juridiques pour l'acquisition

Sociedad Limitada (SL)

La Sociedad Limitada, ou SL, est la forme sociétaire la plus répandue parmi les PME espagnoles et la cible typique des acquisitions search fund. La SL exige un capital social minimum de 3 000 €, offre une responsabilité limitée à ses associés et présente des exigences de gouvernance relativement simples. Les transferts de parts dans une SL sont soumis à des droits de préemption en faveur des associés existants, un mécanisme qui doit être soigneusement géré lors du processus d'acquisition. Pour un searcher français, la SL espagnole présente des similitudes fonctionnelles avec la SARL française, bien que sa flexibilité statutaire soit différente.

Sociedad Anónima (SA)

La Sociedad Anónima est l'équivalent espagnol de la société anonyme, nécessitant un capital social minimum de 60 000 €. Les SA sont moins courantes parmi les petites PME mais se retrouvent dans les entreprises familiales de plus grande taille. Les transferts d'actions dans une SA sont généralement libres sauf disposition contraire des statuts, ce qui simplifie le processus d'acquisition du point de vue du droit des sociétés.

Structure holding

Comme sur d'autres marchés européens, les acquisitions search fund en Espagne sont typiquement structurées via une société holding nouvellement constituée (sociedad holding) qui acquiert la cible. Le régime espagnol de consolidation fiscale (régimen de consolidación fiscal) permet à la holding et ses filiales de déposer une déclaration fiscale consolidée unique, permettant aux déductions d'intérêts sur la dette d'acquisition de compenser les bénéfices d'exploitation de la cible, un mécanisme comparable à l'intégration fiscale française.

Financement de l'acquisition en Espagne

Dette bancaire senior

Les banques espagnoles sont devenues de plus en plus familiariées avec le financement d'acquisition ces dernières années. Les grandes institutions telles que CaixaBank, Santander, BBVA et Bankinter disposent toutes de capacités de prêt aux PME, bien que l'appétit pour le financement d'acquisition varie. Le levier typique pour les opérations search fund s'établit entre 2x et 3,5x l'EBITDA, un niveau légèrement inférieur à celui observé sur les marchés d'Europe du Nord.

Le financement ICO

L'Instituto de Crédito Oficial (ICO) est l'établissement public de crédit espagnol, et ses programmes de prêt peuvent s'avérer extrêmement précieux pour les acquisitions search fund. L'ICO fournit des lignes de crédit subventionnées via les banques commerciales, offrant des taux d'intérêt favorables et des durées de remboursement étendues. La ligne ICO Empresas y Emprendedores soutient spécifiquement l'investissement en entreprise et peut être utilisée pour financer partiellement une acquisition, avec des montants allant jusqu'à 12,5 millions d'euros par projet et des durées pouvant atteindre 20 ans. Pour un searcher français, l'ICO joue un rôle comparable à celui de Bpifrance, en tant que banque publique d'investissement facilitant l'accès au financement.

ENISA et programmes régionaux

ENISA (Empresa Nacional de Innovación) propose des prêts participatifs qui peuvent compléter la dette senior dans les structures d'acquisition. Ces prêts, de nature quasi-fonds propres, sont particulièrement intéressants pour les searchers car ils renforcent la structure financière sans diluer les fonds propres. Au-delà de l'ENISA, les communautés autonomes espagnoles (comunidades autónomas) opèrent souvent des agences de développement régional et des programmes de financement qui soutiennent la succession d'entreprise, sous forme de prêts subventionnés, de garanties ou de subventions.

Crédit vendeur

Le crédit vendeur est moins ancré culturellement en Espagne qu'en France ou au Royaume-Uni, mais il se développe avec la montée en puissance du modèle search fund. Les cédants sont souvent disposés à différer 10 à 20 % du prix de cession sur un à trois ans, en particulier lorsque l'acquéreur démontre un engagement sincère envers la pérennité de l'entreprise et de ses salariés.

Des multiples d'entrée inférieurs

L'une des caractéristiques les plus attractives de l'Espagne pour les entrepreneurs-acquéreurs est l'accessibilité relative des valorisations. Alors que les entreprises au Royaume-Uni ou en Allemagne se négocient typiquement entre 5x et 8x l'EBITDA, les PME espagnoles comparables peuvent souvent être acquises entre 3x et 5x l'EBITDA. Plusieurs facteurs expliquent ces multiples plus bas.

  • Déséquilibre offre-demande :Le volume considérable d'entreprises confrontées à des enjeux de succession crée un marché d'acheteurs, particulièrement en dehors de Madrid et Barcelone.
  • Écosystème d'acquéreurs limité :Si le private equity est devenu actif sur le mid-market espagnol, le segment micro-cap (500K-3M € d'EBITDA) reste largement sous-desservi par les acheteurs institutionnels.
  • Asymétrie d'information :De nombreuses PME espagnoles ne disposent pas d'états financiers audités et présentent des historiques fiscaux complexes, ce qui dissuade les acheteurs institutionnels et crée des opportunités pour les searchers prêts à mener une due diligence approfondie.
  • Opportunités régionales :Les entreprises situées en dehors de Madrid, Barcelone et Bilbao se négocient souvent à des multiples encore plus bas en raison du bassin réduit d'acquéreurs locaux.

La crise de succession espagnole

La crise de succession est l'un des défis économiques les plus discutés en Espagne. Avec plus de deux millions de dirigeants d'entreprise de plus de 55 ans, l'Espagne approche d'un point d'inflexion critique où des milliers d'entreprises viables devront trouver de nouveaux propriétaires. Contrairement à la France où les CCI et Bpifrance structurent un accompagnement national de la transmission, l'Espagne dispose d'un dispositif plus fragmenté à l'échelle des communautés autonomes. Le taux de succession intrafamiliale décline régulièrement, les jeunes générations espagnoles privilégiant de plus en plus des carrières dans la finance, la technologie ou le conseil plutôt que la reprise de l'entreprise familiale.

Pour les searchers, cette crise crée un flux continu d'opportunités d'acquisition. Des entreprises qui n'auraient jamais été mises sur le marché deviennent disponibles à mesure que les propriétaires prennent conscience qu'aucun successeur familial n'existe. Le concept de « relevo generacional » (relève générationnelle) est de plus en plus présent dans le débat public espagnol, ce qui normalise l'idée de céder son entreprise à un repreneur externe.

L'écosystème de Barcelone

Barcelone s'est imposée comme le pôle principal de l'écosystème ETA en Espagne, en grande partie grâce à la présence de l'IESE et de l'ESADE. La ville attire des searchers internationaux qui combinent la qualité de vie méditerranéenne avec un accès à un réseau dense d'investisseurs, de conseillers juridiques et de cabinets de M&A. Madrid, en tant que capitale financière, concentre également une part croissante de l'activité ETA, notamment pour les opérations de plus grande taille.

L'écosystème ibérique s'est considérablement étoffé ces dernières années. Un nombre croissant de diplômés de l'IESE, d'IE Business School et de l'ESADE poursuivent des recherches actives, et plusieurs groupes d'investisseurs dédiés aux search funds ont émergé avec un focus spécifique sur les opérations ibériques. Des cabinets d'avocats, des experts-comptables et des boutiques de corporate finance à Madrid et Barcelone ont développé une expertise search fund et peuvent accompagner les primo-acquéreurs.

Considérations fiscales

Impôt sur les sociétés

Le taux général de l'impôt sur les sociétés en Espagne est de 25 %, avec un taux réduit de 15 % disponible pour les entreprises nouvellement créées pendant les deux premiers exercices présentant une base imposable positive. Le régime de consolidation fiscale permet aux structures holding de compenser les intérêts d'acquisition avec les bénéfices d'exploitation, sous réserve de limitations sur la déductibilité.

Régimen de Autónomos

De nombreux dirigeants de PME espagnoles exercent en tant qu'autónomos (travailleurs indépendants) plutôt qu'à travers une structure sociétaire, un phénomène comparable aux auto-entrepreneurs français. L'acquisition de l'activité d'un autónomo nécessite un achat d'actifs (asset deal) plutôt qu'un achat de parts, avec des implications fiscales différentes. L'acquéreur doit constituer une nouvelle entité, transférer les actifs et procéder à la novation des contrats et des relations de travail.

Droits de mutation

Les cessions de parts sociales en Espagne sont généralement exonérées de l'Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales (droit de mutation) et de la TVA, rendant les rachats de parts fiscalement efficients. Les achats d'actifs, en revanche, peuvent déclencher des droits de mutation à des taux variant selon la communauté autonome (typiquement de 6 à 10 %).

Normes culturelles de négociation

La culture d'affaires espagnole est profondément relationnelle, et comprendre les normes culturelles est essentiel pour réussir ses transactions.

  • La relation personnelle d'abord :Les dirigeants espagnols préfèrent fortement vendre à quelqu'un qu'ils connaissent et en qui ils ont confiance. Prévoyez plusieurs repas, conversations et rencontres informelles avant que les discussions de deal ne commencent véritablement.
  • Implication familiale :Les membres de la famille jouent souvent un rôle significatif dans la décision de vendre, même s'ils ne sont pas formellement impliqués dans l'entreprise. Construire un rapport avec la famille élargie peut être aussi important que négocier avec le dirigeant.
  • Attachement émotionnel :De nombreux entrepreneurs espagnols ont bâti leur entreprise pendant des décennies et entretiennent des liens émotionnels profonds. Démontrer le respect de leur héritage et l'engagement envers les salariés est critique.
  • Rythme des négociations :Les calendriers de transaction en Espagne tendent à être plus longs que dans les marchés anglo-saxons. La patience et la persévérance sont des vertus essentielles.
  • Identité régionale :Les identités régionales fortes de l'Espagne (Catalogne, Pays basque, Galice, Andalousie) influencent la culture d'affaires. Comprendre et respecter les distinctions régionales témoigne d'une sensibilité culturelle appréciée.

Le marché portugais

Le Portugal partage de nombreuses dynamiques avec l'Espagne et attire de plus en plus d'activité search fund. Le pays compte environ un million de PME, un profil démographique similaire parmi les dirigeants et des multiples d'entrée inférieurs à ceux d'Europe du Nord. Plusieurs facteurs font du Portugal un marché complémentaire pour les searchers ibériques.

  • Crise de succession comparable :Le Portugal fait face à la même vague générationnelle de départs à la retraite, avec une large proportion de dirigeants de PME de plus de 55 ans.
  • Valorisations compétitives :Les PME portugaises se négocient typiquement entre 3x et 5x l'EBITDA, un niveau comparable à l'Espagne.
  • Membre de l'UE :L'adhésion pleine à l'UE assure un alignement réglementaire avec l'Espagne et l'accès aux fonds structurels européens.
  • Écosystème startup :L'écosystème tech et startup florissant de Lisbonne a renforcé la visibilité de l'entrepreneuriat et fait de la succession d'entreprise un sujet national.

Conseils pratiques pour les searchers francophones

  • Langue :La maîtrise de l'espagnol est indispensable pour rechercher en Espagne. Si de nombreux dirigeants dans les grandes villes parlent un peu anglais, les négociations et la construction de relations se font en espagnol. Pour un francophone, la proximité linguistique du français et de l'espagnol facilite l'apprentissage. Pour le Portugal, la maîtrise du portugais est fortement recommandée.
  • Présence locale :Être basé dans le pays témoigne d'un engagement et permet la construction de relations, élément critique dans la conclusion de transactions ibériques.
  • Conseillers professionnels :Engagez un notaire espagnol (notario), un conseiller fiscal (asesor fiscal) et un avocat commercial (abogado mercantil) tôt dans le processus. Le système notarial joue un rôle central dans les transactions sociétaires espagnoles.
  • Profondeur de la due diligence :Compte tenu de la prévalence de pratiques comptables informelles dans certaines PME espagnoles, une due diligence financière et fiscale approfondie est particulièrement importante. Engagez un auditeur expérimenté avec les PME.
  • Patience :Construire la confiance nécessaire pour conclure une transaction avec un dirigeant espagnol prend du temps. Prévoyez une période de recherche de 18 à 24 mois minimum. Consultez notre guide pour débuter dans l'ETA pour des approches éprouvées.

Pour aller plus loin

L'Espagne et l'espace ibérique offrent un terrain fertile pour les entrepreneurs-acquéreurs francophones prêts à s'investir dans un marché relationnel et à capitaliser sur la crise de succession. Pour compléter votre compréhension, explorez nos guides connexes :

Frequently Asked Questions

Pourquoi l’Espagne est-elle un hub ETA en Europe ?
L’IESE (Barcelone) est le centre académique mondial de l’ETA hors Stanford. L’écosystème investisseur espagnol est actif et l’Espagne fait face à une succession massive de PME familiales.

Sources & References

  1. IESE Business School - International Search Fund Study (2024)
  2. ICO - Líneas de Financiación para Emprendedores (2024)

Disclaimer

This article is educational content about search funds and Entrepreneurship Through Acquisition (ETA). It does not constitute financial, legal, tax, or investment advice. Always consult qualified professional advisors before making investment or acquisition decisions.

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SearchFundMarket Editorial Team

Our editorial team combines academic research from Stanford GSB, INSEAD, IESE, and HEC with practitioner insights to produce the most thorough ETA knowledge base in Europe.

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