Phase 04: Acquire

By SearchFundMarket Editorial Team

Published April 23, 2025

Travailler avec des Conseillers : Avocats et Experts-Comptables

L'acquisition d'une PME en France est un processus complexe qui mobilise des compétences juridiques, comptables, fiscales et financières que même le repreneur le plus expérimenté ne maîtrise pas seul. Le choix de ses conseillers, avocats d'affaires, experts-comptables, notaires, courtiers en cession, est l'une des décisions les plus structurantes du parcours de reprise. Un bon conseil accélère la transaction, protège l'acquéreur contre les risques cachés et optimise le montage juridique et fiscal. Un mauvais conseil peut faire échouer une opération, exposer le repreneur à des risques non identifiés, voire engager sa responsabilité personnelle.

Ce guide passe en revue les différents professionnels qui interviennent dans le processus d'acquisition d'une PME en France, leurs rôles respectifs, les critères de sélection, les structures d'honoraires et les bonnes pratiques pour gérer efficacement son équipe de conseillers. Il intègre les spécificités françaises en matière d'organisation professionnelle (Ordre des experts-comptables, Ordre des avocats), de réglementation et de pratiques de marché.

L'avocat d'affaires : pivot de la transaction

L'avocat d'affaires est le premier conseil que le searcher doit identifier, idéalement bien avant d'avoir trouvé une cible. En France, la profession d'avocat est réglementée et les avocats spécialisés en fusions-acquisitions (M&A) de PME constituent un segment bien identifié de la profession.

Quand engager un avocat

L'avocat doit intervenir au plus tard à la rédaction de la lettre d'intention (LOI). Idéalement, le searcher a identifié son avocat pendant la phase de recherche, afin de pouvoir le mobiliser rapidement lorsqu'une cible émerge. La LOI, bien qu'elle ne constitue pas un contrat de vente définitif en droit français, produit des effets juridiques significatifs (obligation de bonne foi, clause d'exclusivité, clause de confidentialité). Faire relire la LOI avant signature permet d'éviter des erreurs coûteuses et difficiles à renégocier ultérieurement.

Rôle de l'avocat dans le processus

De la LOI au closing, l'avocat d'affaires intervient à chaque étape critique :

  • Rédaction et négociation de la LOI : Structuration des clauses clés (prix, conditions suspensives, exclusivité, calendrier).
  • Audit juridique (due diligence) :Analyse des contrats commerciaux, baux, contrats de travail, litiges en cours, propriété intellectuelle, conformité réglementaire. Cet audit s'inscrit dans le cadre plus large de la checklist de due diligence.
  • Rédaction du protocole de cession :Le protocole (ou SPA, Share Purchase Agreement) est le contrat définitif de cession. Il comporte les déclarations et garanties du vendeur, la garantie d'actif et de passif (GAP), les conditions de la clause d'accompagnement, les ajustements de prix et les mécanismes d'indemnisation.
  • Garantie d'actif et de passif (GAP) :Clause spécifique au droit français par laquelle le vendeur garantit l'acquéreur contre l'apparition de passifs non révélés. La rédaction de la GAP est un exercice technique qui nécessite une maîtrise fine du droit des affaires et de la jurisprudence.
  • Closing et formalités post-cession : Signature des actes, enregistrement au greffe, notifications aux tiers, formalités Kbis, éventuelles autorisations réglementaires.

Critères de sélection

Le critère déterminant est l'expérience en M&A de PME-ETI. Un avocat spécialisé dans les fusions de grands groupes (CAC 40) ne sera pas le bon interlocuteur pour une acquisition de PME de 2 à 15 millions d'euros. Le searcher doit privilégier un avocat qui connaît les spécificités du segment : structure de financement avec crédit vendeur, intervention de Bpifrance, droit social des PME, clause d'accompagnement du cédant.

Questions à poser lors de la sélection :

  • Combien de transactions de PME (1 à 20 M€) avez-vous accompagnées au cours des trois dernières années ?
  • Avez-vous déjà travaillé avec des search funds ou des repreneurs individuels ?
  • Quelle est votre approche de la garantie d'actif et de passif ?
  • Travaillez-vous avec des experts-comptables et des banquiers que vous pouvez recommander ?
  • Quel est votre barème d'honoraires pour une opération de cette taille ?

Honoraires de l'avocat

En France, les honoraires des avocats d'affaires en M&A de PME se structurent généralement selon trois modèles :

  • Forfait global :Un montant fixe couvrant l'ensemble du processus, de la LOI au closing. Modèle privilégié par les repreneurs car il offre une visibilité budgétaire. Les fourchettes varient considérablement selon la taille et la complexité de l'opération.
  • Taux horaire :Facturation au temps passé, avec un taux variant selon l'ancienneté de l'associé ou du collaborateur. Ce modèle est plus courant dans les cabinets d'envergure internationale.
  • Mixte (forfait + success fee) :Un forfait réduit complété par une prime de succès (success fee) versée uniquement si la transaction aboutit. Ce modèle aligne les intérêts de l'avocat et du repreneur.

Il est essentiel de formaliser le mandat (convention d'honoraires) dès le début de la mission, conformément aux obligations déontologiques de la profession.

L'expert-comptable : gardien des chiffres

L'expert-comptable est le second pilier de l'équipe de conseillers du repreneur. En France, la profession est organisée par l'Ordre des Experts-Comptables (OEC), institué par l'ordonnance du 19 septembre 1945. Seuls les professionnels inscrits au tableau de l'Ordre sont habilités à exercer la profession d'expert-comptable et à engager leur responsabilité professionnelle sur les travaux comptables et d'audit.

Rôle dans le processus d'acquisition

L'expert-comptable intervient à deux niveaux dans une acquisition de PME :

  1. Audit d'acquisition (due diligence financière) : L'expert-comptable réalise ou pilote le rapport de Quality of Earnings (QoE), qui constitue le socle financier de la due diligence. Ce rapport analyse les comptes historiques (trois à cinq exercices), calcule l'EBITDA normalisé en retraitant les éléments non récurrents et non représentatifs (rémunération du dirigeant, charges personnelles, loyers hors marché, CIR/CICE), et évalue la qualité et la récurrence du chiffre d'affaires.
  2. Structuration fiscale et comptable : L'expert-comptable conseille le repreneur sur le choix de la structure juridique d'acquisition (holding de reprise, intégration fiscale, régime mère-fille), l'optimisation de la déductibilité des intérêts d'emprunt, l'allocation du prix d'acquisition et les obligations déclaratives post-cession.

L'Ordre des Experts-Comptables : gage de qualité

L'inscription à l'Ordre est une garantie pour le repreneur : elle implique le respect d'un code de déontologie, une obligation de formation continue, une assurance responsabilité civile professionnelle et une procédure disciplinaire en cas de manquement. Le repreneur peut vérifier l'inscription d'un expert-comptable sur l'annuaire de l'Ordre (annuaire.experts-comptables.org).

Critères de sélection

Comme pour l'avocat, l'expérience en reprise de PME est le critère primordial. Un expert-comptable habitué à la tenue comptable de petites structures n'est pas nécessairement compétent pour réaliser un audit d'acquisition ou structurer une holding de reprise. Le searcher doit rechercher un cabinet ayant une pratique avérée en matière de :

  • Audits d'acquisition et rapports QoE pour des PME de taille comparable.
  • Structuration de holdings de reprise (SAS ou SARL holding, intégration fiscale, régime mère-fille).
  • Accompagnement post-acquisition (mise en place de reportings, tableaux de bord, optimisation de la trésorerie).

Honoraires de l'expert-comptable

Les honoraires de l'expert-comptable pour une mission d'audit d'acquisition sont généralement facturés au forfait, déterminé en fonction de la taille de la cible, de la complexité du dossier et du nombre d'exercices analysés. La mission de structuration fiscale et d'accompagnement post-cession fait l'objet d'une lettre de mission distincte, avec un honoraire annuel ou un forfait de mise en place.

Le notaire : rôle spécifique en droit français

Le notaire occupe une place particulière dans le paysage des conseillers en France, en raison de son statut d'officier public ministériel. Son intervention n'est pas systématiquement requise dans une cession de parts sociales ou d'actions, mais elle devient nécessaire ou fortement recommandée dans plusieurs situations :

  • Cession de fonds de commerce :La cession de fonds de commerce (par opposition à la cession de titres) implique des formalités notariales spécifiques, notamment la publication au BODACC (Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales) et la séquestre du prix de cession pendant la période d'opposition des créanciers.
  • Immobilier :Si l'acquisition inclut des biens immobiliers (locaux d'exploitation, terrains) , ce qui est fréquent dans les PME industrielles ou artisanales l'intervention du notaire est obligatoire pour la publicité foncière.
  • Pacte Dutreil :L'utilisation du dispositif Dutreil (exonération partielle des droits de mutation en cas de transmission) nécessite des actes notariés pour formaliser les engagements collectifs et individuels de conservation.
  • Donation-cession : Dans les schémas de transmission familiale où le cédant souhaite optimiser la fiscalité par une donation préalable, le notaire est incontournable.

Honoraires du notaire

Les émoluments du notaire sont en partie réglementés (émoluments proportionnels pour les actes soumis à tarif) et en partie libres (honoraires de conseil). Pour une cession de fonds de commerce ou une acquisition immobilière, les émoluments sont calculés selon un barème dégressif appliqué au prix de cession. Pour une mission de conseil (structuration patrimoniale, Dutreil), les honoraires sont librement négociés et formalisés dans une convention d'honoraires.

Le courtier en cession d'entreprise

Le courtier en cession d'entreprise (ou intermédiaire en transmission) joue un rôle d'intermédiation entre cédants et repreneurs. En France, cette profession n'est pas réglementée au même titre que les avocats ou les experts-comptables, ce qui impose au repreneur une vigilance accrue dans le choix de son intermédiaire.

Types d'intermédiaires

Le marché français de la transmission de PME fait intervenir plusieurs catégories d'intermédiaires :

  • Cabinets de cession spécialisés :Structures dédiées à la transmission de PME, souvent positionnées sur des segments de taille (1 à 5 M€, 5 à 20 M€) ou des secteurs d'activité spécifiques. Ils travaillent en mandat de vente pour le compte du cédant.
  • CCI (Chambres de Commerce et d'Industrie) : Les CCI proposent des services d'accompagnement à la transmission, incluant la mise en relation via la plateforme Transentreprise, des formations pour repreneurs et un accompagnement personnalisé. Ces services sont souvent accessibles à des tarifs préférentiels.
  • CRA (Cédants et Repreneurs d'Affaires) : Association nationale de bénévoles (anciens chefs d'entreprise) qui accompagnent les cédants et repreneurs. Le CRA dispose d'une base de données d'entreprises à céder et organise des rencontres entre cédants et repreneurs.
  • Banques d'affaires et boutiques M&A : Pour les opérations de taille supérieure (au-delà de 10 M€), des banques d'affaires ou des boutiques M&A spécialisées interviennent avec des processus plus structurés (mémorandum d'information, data room, process compétitif).

Mandats et honoraires des courtiers

Les courtiers en cession sont généralement mandatés par le vendeur et rémunérés par une commission de succès (success fee) calculée en pourcentage du prix de cession. La commission varie selon la taille de l'opération et se situe typiquement entre 3 % et 8 % du prix de cession pour les PME, avec un minimum forfaitaire. Certains intermédiaires facturent également un retainer (acompte mensuel) pour couvrir leurs frais de recherche.

Pour le repreneur, la vigilance porte sur plusieurs points : s'assurer que le mandat du courtier est exclusif ou non (ce qui peut limiter l'accès à d'autres cibles), vérifier les références de l'intermédiaire, et comprendre les éventuels conflits d'intérêts (le courtier représente le vendeur, pas l'acheteur).

Gérer son équipe de conseillers : bonnes pratiques

Avoir de bons conseillers ne suffit pas : le repreneur doit savoir piloter son équipe de professionnels pour en tirer le meilleur parti. Voici les principes essentiels :

Centraliser la coordination

Le repreneur doit se positionner en chef d'orchestre. Il est l'unique point de convergence entre l'avocat, l'expert-comptable, le courtier, la banque et le cédant. Organiser des points d'avancement réguliers, partager un calendrier commun et définir clairement les responsabilités de chacun évite les doublons, les angles morts et les retards.

Définir le périmètre de chaque mission

Les zones de chevauchement entre l'avocat et l'expert-comptable sont fréquentes (fiscalité de la holding, structuration du financement). Il est essentiel de définir dès le départ qui fait quoi, pour éviter les trous dans la raquette (aspects non couverts) comme les doublons (facturation de travaux redondants).

Négocier les honoraires en amont

Le repreneur doit obtenir des devis détaillés et les négocier avant le début des travaux. Les conventions d'honoraires doivent préciser le périmètre de la mission, le montant (forfait ou estimation), les conditions de facturation et les modalités de résiliation. En cas de dépassement du budget, le conseiller doit en informer le repreneur avant de poursuivre les travaux.

Savoir challenger ses conseillers

Le repreneur ne doit pas suivre aveuglément les recommandations de ses conseillers. Chaque professionnel a ses propres biais : l'avocat sera naturellement conservateur sur les risques juridiques, l'expert-comptable focalisé sur les chiffres, le courtier pressé de conclure. Le rôle du repreneur est de synthétiser ces perspectives et de prendre des décisions éclairées.

Erreurs fréquentes dans le choix des conseillers

  • Choisir sur le prix plutôt que sur la compétence : L'honoraire le plus bas ne garantit pas le meilleur rapport qualité-prix. Un conseil inadapté peut coûter beaucoup plus cher en risques non identifiés, en négociations mal conduites ou en structuration fiscale sous-optimale.
  • Engager les conseillers trop tard :Attendre d'avoir signé une LOI pour chercher un avocat, ou ne faire intervenir l'expert-comptable qu'après le closing, expose le repreneur à des décisions irréversibles prises sans éclairage professionnel.
  • Négliger la compatibilité relationnelle :Un processus d'acquisition dure plusieurs mois et implique des moments de tension. Le repreneur doit s'assurer qu'il peut travailler efficacement avec chaque conseil, dans un climat de confiance et de réactivité.
  • Ignorer les conflits d'intérêts :Un avocat qui a déjà représenté le cédant ou le courtier dans d'autres opérations peut avoir des loyautés partagées. Le repreneur doit poser la question directement et, en cas de doute, choisir un conseil indépendant.
  • Ne pas formaliser les mandats :Travailler sans convention d'honoraires signée expose le repreneur à des litiges sur la facturation et à une absence de recours en cas de prestation insuffisante.

Coordonner conseillers et cédant

La relation avec le cédant est au cœur du processus de reprise en France. La dimension émotionnelle de la transmission y est particulièrement forte : le cédant cède souvent l'œuvre d'une vie, et sa préoccupation principale est la pérennité de l'entreprise et la protection de ses salariés. Dans ce contexte, la gestion de l'interaction entre les conseillers du repreneur et le cédant demande une attention particulière.

Le repreneur doit veiller à ce que ses avocats adoptent un ton respectueux et constructif dans les négociations, même sur les points durs (garantie d'actif et de passif, clause de non-concurrence, ajustements de prix). Une approche trop agressive de la part des conseils juridiques peut braquer un cédant et faire échouer une transaction qui était bien engagée sur le plan commercial. Le repreneur doit briefer ses conseils sur le profil du cédant, ses motivations et ses sensibilités avant chaque interaction directe.

Le budget global de conseil : ordre de grandeur

Le budget de conseil pour une acquisition de PME en France varie considérablement selon la taille de l'opération, sa complexité et le nombre de professionnels mobilisés. À titre indicatif, les principaux postes de dépenses sont les suivants :

  • Avocat d'affaires (LOI au closing) :Le montant dépend de la complexité de l'opération et du cabinet retenu. Les cabinets de taille moyenne spécialisés en PME proposent généralement des forfaits plus accessibles que les grands cabinets internationaux.
  • Expert-comptable (audit QoE + structuration) : Variable selon le nombre d'exercices analysés et la taille de la cible.
  • Notaire (si intervention requise) : Émoluments proportionnels au prix pour les actes tarifés, honoraires libres pour le conseil.
  • Courtier (si mandat buy-side) : Commission de succès, généralement à la charge du vendeur dans les mandats sell-side.

Ce budget doit être intégré dès le départ dans le plan de financement global de l'opération. Il est courant que les frais de conseil représentent une proportion significative des coûts totaux de la transaction. Le searcher doit anticiper ces coûts et les inclure dans ses projections financières présentées aux investisseurs et aux banques.

Pour aller plus loin

Le choix et la gestion de ses conseillers sont des compétences clés pour tout repreneur de PME en France. Pour approfondir les sujets connexes, consultez nos autres guides :

Sources

  • Ordre des Experts-Comptables — Guide de la Mission de Conseil en Reprise d'Entreprise, 2024.
  • Conseil National des Barreaux — Règlement Intérieur National de la Profession d'Avocat (RIN), 2024.
  • CCI France — Guide du Repreneur d'Entreprise, 2024.
  • CRA (Cédants et Repreneurs d'Affaires) — Rapport sur la Transmission d'Entreprise en France, 2024.
  • Bpifrance — Les Clés de la Reprise : Financement et Accompagnement, 2024.

Frequently Asked Questions

Combien coûte un avocat pour une acquisition de PME en France ?
Les honoraires d’un avocat d’affaires pour une acquisition de PME varient entre 15 000 € et 50 000 € selon la complexité de l’opération.

Sources & References

  1. Ordre des Experts-Comptables - Guide de la Mission de Transmission (2024)
  2. Conseil National des Barreaux - L’Avocat en Droit des Affaires (2024)

Disclaimer

This article is educational content about search funds and Entrepreneurship Through Acquisition (ETA). It does not constitute financial, legal, tax, or investment advice. Always consult qualified professional advisors before making investment or acquisition decisions.

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