Phase 04: Acquire

By SearchFundMarket Editorial Team

Published April 23, 2025

Checklist de Due Diligence pour Acquisition de PME

La due diligence, ou audit d'acquisition, est l'étape la plus critique du processus d'acquisition d'une PME par un searcher. C'est pendant cette phase que l'acquéreur vérifie la réalité des informations communiquées par le cédant, identifie les risques cachés et confirme (ou infirme) la valorisation proposée dans la lettre d'intention. En France, la due diligence d'une PME présente des particularités liées au cadre comptable (Plan Comptable Général), au droit du travail, à la fiscalité et aux réglementations sectorielles.

Ce guide fournit une checklist structurée des principaux domaines d'audit, adaptée au contexte juridique et réglementaire français. Il ne remplace pas le recours à des professionnels qualifiés (expert-comptable, avocat, auditeur fiscal) mais permet au searcher de piloter efficacement le processus et de poser les bonnes questions.

Audit comptable et financier

L'audit comptable constitue le socle de la due diligence. En France, les comptes des PME sont établis selon le Plan Comptable Général (PCG), régi par le règlement ANC n° 2014-03. L'audit doit couvrir les trois à cinq derniers exercices et se concentrer sur les points suivants :

Analyse des comptes annuels

  • Bilan : Vérification de la réalité et de la valorisation des actifs (immobilisations corporelles et incorporelles, stocks, créances clients), identification des passifs non comptabilisés (provisions sous-estimées, engagements hors bilan), analyse du besoin en fonds de roulement (BFR) normatif.
  • Compte de résultat :Analyse de la composition du chiffre d'affaires (récurrence, concentration clients, saisonnalité), évolution des marges brutes et opérationnelles, identification des éléments non récurrents (charges exceptionnelles, produits non répétables).
  • EBITDA retraité :Calcul d'un EBITDA normatif en retraitant les éléments non récurrents, la rémunération excessive ou insuffisante du dirigeant, les loyers hors marché (si les murs appartiennent au dirigeant), les charges personnelles du dirigeant et les dépenses d'investissement de maintenance sous-estimées.
  • Trésorerie : Analyse des flux de trésorerie historiques, vérification de la trésorerie disponible à la date de closing, identification des dettes bancaires et des engagements de crédit-bail.

Rapports du commissaire aux comptes

Si la société dispose d'un commissaire aux comptes (CAC) , obligation pour les sociétés dépassant deux des trois seuils suivants : 4 000 000 € de total bilan, 8 000 000 € de chiffre d'affaires, 50 salariés, les rapports de certification doivent être analysés attentivement. Les réserves, observations et vérifications spécifiques signalées par le CAC sont des indicateurs précieux de zones de risque.

Qualité de l'information financière

Les PME françaises présentent fréquemment des limites en matière de reporting financier : absence de comptabilité analytique, situations intermédiaires non fiabilisées, confusion entre charges personnelles et professionnelles du dirigeant. Le searcher doit évaluer la qualité du système d'information comptable et anticiper les investissements nécessaires pour améliorer le pilotage financier après l'acquisition.

Audit juridique

Statuts et gouvernance

  • Vérification des statuts à jour, des procès-verbaux d'assemblées générales et des décisions du Président ou du gérant.
  • Identification des conventions réglementées (article L. 227-10 du Code de commerce pour les SAS), contrats entre la société et ses dirigeants ou actionnaires significatifs.
  • Analyse du registre des mouvements de titres et de la table de capitalisation.
  • Vérification de l'absence de pactes d'actionnaires préexistants ou de nantissements de titres.

Contrats commerciaux

  • Revue des contrats clients significatifs (conditions de résiliation, clauses de changement de contrôle, durée restante).
  • Revue des contrats fournisseurs clés et des conditions de dépendance fournisseur.
  • Analyse des contrats de sous-traitance et des engagements de volume.
  • Vérification des contrats d'assurance (responsabilité civile professionnelle, multirisque, homme-clé).

Baux commerciaux

Les baux commerciaux (articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce) sont des actifs stratégiques pour de nombreuses PME. La due diligence doit examiner :

  • La durée restante du bail et les conditions de renouvellement.
  • Le montant du loyer par rapport au marché (un loyer hors marché peut cacher un avantage ou un désavantage significatif).
  • Les clauses de destination (activités autorisées dans les locaux).
  • Les clauses de cession du bail (agrément du bailleur en cas de cession du fonds de commerce).
  • L'existence éventuelle d'un bail conclu avec le dirigeant-cédant (risque de conflit d'intérêts, nécessité de renégocier les conditions).

Litiges en cours

L'audit juridique doit recenser tous les litiges en cours ou potentiels : contentieux prud'homal, litiges commerciaux, contentieux fiscal, actions en responsabilité. L'avocat de l'acquéreur doit évaluer le risque financier associé à chaque litige et vérifier que les provisions comptabilisées sont suffisantes.

Audit fiscal

L'audit fiscal est particulièrement critique en France, où la complexité du système fiscal et l'activisme de l'administration fiscale créent des risques significatifs. L'auditeur fiscal doit examiner :

Impôt sur les sociétés (IS)

  • Vérification des déclarations fiscales des trois à quatre derniers exercices non prescrits (le délai de prescription fiscale est de trois ans en matière d'IS, article L. 169 du Livre des procédures fiscales).
  • Identification des risques de redressement : charges non déductibles, provisions non justifiées, prix de transfert intragroupe (le cas échéant), déficits reportables.
  • Analyse des avis de vérification fiscale passés et de leurs conclusions.

TVA

  • Vérification de la conformité des déclarations de TVA (TVA collectée, TVA déductible, régime applicable).
  • Analyse des opérations exonérées, des opérations intracommunautaires et de l'autoliquidation.
  • Vérification du respect des obligations de facturation (mentions obligatoires, facturation électronique progressive selon le calendrier réglementaire français).

Contribution Économique Territoriale (CET)

La CET comprend la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) et la Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE). L'auditeur vérifie l'exactitude des bases déclaratives et l'absence de risque de rappel.

Autres taxes

  • Taxe sur les salaires (si la société n'est pas assujettie à la TVA sur la totalité de son chiffre d'affaires).
  • Taxe d'apprentissage et contribution à la formation professionnelle.
  • Droits d'enregistrement sur les actes passés par la société.

Audit social

L'audit social est souvent le domaine le plus complexe et le plus risqué de la due diligence d'une PME française. Le droit du travail français, riche en obligations et en protections, crée des risques spécifiques que le searcher doit impérativement identifier avant l'acquisition.

Conventions collectives

L'identification de la convention collective applicable (métallurgie, syntec, commerce de gros, etc.) est fondamentale. La convention détermine les grilles salariales minimales, les classifications des postes, les primes obligatoires, les congés supplémentaires, les indemnités de licenciement majorées et les dispositifs de prévoyance et de complémentaire santé. L'auditeur doit vérifier que la société applique correctement la convention en vigueur et identifier les écarts éventuels.

Comité Social et Économique (CSE)

  • Vérification de l'existence et du bon fonctionnement du CSE (obligatoire dans les entreprises de 11 salariés et plus).
  • Analyse des procès-verbaux des réunions du CSE (identification de contentieux sociaux latents, demandes des salariés, alertes signalées par les élus).
  • Vérification que les consultations obligatoires ont été menées (orientations stratégiques, situation économique, politique sociale).

URSSAF et conformité sociale

  • Analyse des derniers contrôles URSSAF et de leurs conclusions (redressements, observations, lettres d'observation).
  • Vérification de la conformité des bulletins de paie (mentions obligatoires, calcul des cotisations, respect des plafonds).
  • Identification des salariés en situation atypique : contrats aidés, travailleurs détachés, intérimaires, freelances requalifiables en salariés.
  • Analyse des contrats de travail des salariés clés (clauses de non-concurrence, golden parachute, rémunérations différées).

Contentieux prud'homal

Le risque prud'homal est l'un des principaux passifs sociaux des PME françaises. L'auditeur doit recenser les procédures en cours, évaluer le risque financier de chaque contentieux et vérifier que les provisions sont suffisantes. Les litiges liés aux heures supplémentaires, au harcèlement, aux licenciements économiques et aux ruptures conventionnelles contestées sont les plus fréquents.

Audit environnemental

Installations Classées pour la Protection de l'Environnement (ICPE)

Si la société exploite des installations soumises à la réglementation ICPE (articles L. 511-1 et suivants du Code de l'environnement), l'audit doit vérifier :

  • L'existence et la validité des autorisations préfectorales.
  • La conformité des installations aux prescriptions techniques.
  • L'absence de pollution des sols (diagnostic environnemental si nécessaire, bases de données BASOL et SIS).
  • Les obligations de remise en état en cas de cessation d'activité.

Réglementation environnementale générale

  • Gestion des déchets (tri, traçabilité, filières de traitement).
  • Conformité aux normes d'émissions (air, eau, bruit).
  • Obligations liées à la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) si applicable.
  • Bilan carbone et obligations de reporting extra-financier (pour les entreprises concernées par la CSRD).

Audit RGPD et conformité numérique

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD, Règlement (UE) 2016/679) impose des obligations strictes à toute entreprise traitant des données personnelles. L'audit RGPD d'une PME française doit examiner :

  • L'existence d'un registre des traitements (article 30 du RGPD).
  • La conformité des traitements de données (bases légales, information des personnes, durées de conservation).
  • La sécurité des systèmes d'information (mesures techniques et organisationnelles, procédures de notification de violation de données).
  • Les transferts de données hors UE (clauses contractuelles types, décisions d'adéquation).
  • La désignation d'un Délégué à la Protection des Données (DPO) si obligatoire.
  • L'absence de plaintes ou de contrôles de la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés).

Le non-respect du RGPD expose la société à des sanctions pouvant atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial ou 20 000 000 €, selon le montant le plus élevé. Ce risque doit être évalué et, le cas échéant, pris en compte dans la valorisation de l'entreprise.

Organisation de la due diligence

Data room

La data room est l'espace (physique ou virtuel) dans lequel le cédant met à disposition les documents nécessaires à la due diligence. En France, les PME ne disposent pas toujours d'une documentation structurée, et le searcher doit souvent établir une liste précise des documents requis (request list) et accompagner le cédant dans la constitution de la data room.

Équipe d'audit

Le searcher constitue une équipe d'audit comprenant typiquement :

  • Un expert-comptable ou un cabinet d'audit pour l'audit comptable et financier.
  • Un avocat d'affaires pour l'audit juridique et la rédaction du SPA.
  • Un avocat fiscaliste pour l'audit fiscal.
  • Un avocat en droit social ou un consultant RH pour l'audit social.
  • Un bureau d'études environnementales pour l'audit environnemental (si pertinent).

Coûts de la due diligence

Les coûts de due diligence pour l'acquisition d'une PME française varient significativement selon la taille et la complexité de la cible. Pour une PME type de search fund (2 à 15 M€ de chiffre d'affaires), il faut prévoir entre 30 000 et 80 000 € de frais d'audit (comptable, juridique, fiscal, social). Ces coûts doivent être budgétés dès la phase de recherche et sont généralement supportés par la holding d'acquisition.

Red flags : signaux d'alerte majeurs

Certains résultats de due diligence constituent des signaux d'alerte qui peuvent justifier la rupture des négociations ou une renégociation significative du prix :

  • Écarts significatifs entre l'EBITDA communiqué et l'EBITDA retraité.
  • Concentration excessive du chiffre d'affaires sur un nombre restreint de clients.
  • Litiges en cours dont le risque financier n'a pas été provisionné.
  • Non-conformité majeure en matière d'ICPE, de droit du travail ou de RGPD.
  • Découverte de conventions réglementées non approuvées.
  • Dépendance critique au dirigeant-cédant sans plan de transition.
  • Trésorerie insuffisante pour couvrir le BFR post-closing.

La capacité du searcher à identifier, évaluer et traiter ces signaux est un facteur clé de succès dans le processus d'acquisition. Pour la planification post-acquisition, consultez notre guide sur les 100 premiers jours en tant que dirigeant.

Sources

  • Autorité des Normes Comptables (ANC), Règlement n° 2014-03 — Plan Comptable Général.
  • Code de commerce, articles L. 227-10 et suivants — Conventions réglementées dans les SAS.
  • Code du travail, articles L. 2312-8 et suivants — Attributions du CSE.
  • Code de l'environnement, articles L. 511-1 et suivants — Installations Classées (ICPE).
  • Règlement (UE) 2016/679 — Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
  • Livre des procédures fiscales, article L. 169 — Prescription en matière d'IS.
  • Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) — Guide de l'audit d'acquisition.

Frequently Asked Questions

Quels sont les spécificités de la due diligence en France ?
En France, la DD doit vérifier : les engagements hors bilan, les provisions pour risques, la conformité au droit du travail (conventions collectives, CSE, accords d’entreprise), le statut des baux commerciaux, les aides publiques reçues (Bpifrance, CIR), et le respect du RGPD.

Sources & References

  1. Ordre des Experts-Comptables - Guide de l’Audit d’Acquisition (2024)
  2. Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes - Normes d’Audit (2024)

Disclaimer

This article is educational content about search funds and Entrepreneurship Through Acquisition (ETA). It does not constitute financial, legal, tax, or investment advice. Always consult qualified professional advisors before making investment or acquisition decisions.

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Our editorial team combines academic research from Stanford GSB, INSEAD, IESE, and HEC with practitioner insights to produce the most thorough ETA knowledge base in Europe.

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