Phase 04: Acquire

By SearchFundMarket Editorial Team

Published April 23, 2025

Complément de Prix (Earn-Out) en Droit Français

Le complément de prix, couramment désigné par son terme anglo-saxon « earn-out », est un mécanisme contractuel par lequel une fraction du prix de cession d'une entreprise est conditionnée à la réalisation d'objectifs de performance définis à l'avance. Cet outil, devenu courant dans les opérations de cession de PME en France, permet de résoudre le désaccord le plus fréquent en matière de transmission : la divergence de valorisation entre cédant et repreneur. Le cédant estime que son entreprise vaut davantage en raison de son potentiel de croissance ; le repreneur ne veut payer que sur la base de la performance démontrée. L'earn-out laisse l'entreprise elle-même trancher le débat.

Cet article traite de l'earn-out dans le cadre spécifique du droit français : régime juridique, traitement fiscal, rédaction des clauses, choix des métriques, articulation avec le crédit vendeur et enseignements de la jurisprudence. Il complète nos guides sur le financement d'acquisition et le crédit vendeur.

Quand l'earn-out est-il pertinent ?

L'earn-out n'est pas adapté à toutes les transactions. Son utilisation se justifie dans des circonstances précises :

  • Désaccord sur la valorisation :Le cédant et le repreneur ont des visions divergentes de la valeur de l'entreprise. L'earn-out permet de fixer un prix de base correspondant à la valorisation prudente du repreneur, avec un complément conditionné à l'atteinte de la performance anticipée par le cédant.
  • Projets en cours non encore matérialisés : L'entreprise a des contrats signés ou des projets en développement dont le chiffre d'affaires n'est pas encore réalisé. L'earn-out permet de payer ces opportunités si elles se concrétisent.
  • Dépendance au cédant :Si le chiffre d'affaires repose en partie sur les relations personnelles du cédant, l'earn-out l'incite à rester engagé pendant la transition pour assurer le maintien de l'activité.
  • Complément de financement :L'earn-out peut compléter un montage financier serré en différant une partie du prix et en le conditionnant à la capacité de l'entreprise à générer les flux nécessaires à son paiement.

En revanche, l'earn-out est généralement inadapté lorsque le cédant souhaite une rupture nette après la cession, lorsque le repreneur prévoit des restructurations significatives qui fausseraient les métriques de performance, ou lorsque l'entreprise a une performance stable et prévisible qui ne justifie pas de mécanisme d'ajustement.

Régime juridique en droit français

Le droit français ne comporte pas de régime spécifique de l'earn-out. Le complément de prix est régi par le droit commun des contrats (Code civil, articles 1163 et suivants issus de la réforme du 1er octobre 2016) et par la jurisprudence. Deux exigences fondamentales encadrent sa validité :

Déterminabilité du prix

L'article 1163 du Code civil impose que les obligations du contrat aient un objet déterminé ou déterminable. Le complément de prix doit être calculable sur la base de critères objectifs définis dans le contrat, sans que la détermination dépende de la seule volonté d'une partie. Un earn-out dont le calcul reposerait sur des critères subjectifs ou manipulables par l'acquéreur serait susceptible d'être contesté devant les tribunaux.

Obligation de bonne foi

L'article 1104 du Code civil pose l'obligation de bonne foi dans l'exécution du contrat. En matière d'earn-out, cette obligation revêt une importance particulière : l'acquéreur, qui contrôle l'entreprise après la cession, ne doit pas prendre de décisions de gestion ayant pour objet ou pour effet de réduire artificiellement la performance de l'entreprise et donc le montant de l'earn-out. La jurisprudence française a sanctionné à plusieurs reprises des acquéreurs ayant adopté un comportement dolosif visant à éluder le paiement du complément de prix.

Jurisprudence française notable

La Cour de cassation et les cours d'appel ont construit une jurisprudence fournie en matière d'earn-out, dont il convient de retenir les principaux enseignements :

  • L'acquéreur a l'obligation de gérer l'entreprise de manière loyale et de ne pas compromettre les conditions de réalisation de l'earn-out.
  • Le cédant ne peut pas revendiquer un droit de regard sur la gestion de l'entreprise au-delà de ce qui est prévu au contrat.
  • En cas de litige, les tribunaux évaluent si les décisions de gestion prises par l'acquéreur étaient économiquement justifiées ou visaient à réduire artificiellement l'earn-out.
  • La clause d'earn-out doit être suffisamment précise dans la définition des métriques et de leur mode de calcul pour être exécutoire.

Traitement fiscal de l'earn-out

Le traitement fiscal du complément de prix en France est un sujet technique qui a des implications significatives pour le cédant. La qualification fiscale de l'earn-out dépend de sa nature et de ses modalités.

Plus-value de cession

Lorsque l'earn-out est qualifié de complément de prix de cession des titres, il est imposé dans la catégorie des plus-values mobilières (article 150-0 A du CGI pour les personnes physiques). Le montant de l'earn-out s'ajoute au prix de cession initial pour le calcul de la plus-value globale. La plus-value est imposée au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), ou sur option au barème progressif de l'impôt sur le revenu avec abattement pour durée de détention si les titres ont été acquis avant le 1er janvier 2018.

Le fait générateur de l'imposition est la date à laquelle le complément de prix devient exigible (c'est-à-dire lorsque les conditions de réalisation sont remplies et que le montant est déterminé), et non la date de la cession initiale. Cette temporalité a des conséquences pratiques : le cédant peut être imposé sur des exercices fiscaux différents selon les échéances de l'earn-out.

Distinction earn-out vs rémunération

Lorsque le cédant reste dans l'entreprise après la cession (clause d'accompagnement, mandat de dirigeant), la requalification du complément de prix en rémunération est un risque fiscal. Si l'administration fiscale considère que l'earn-out rémunère en réalité les services rendus par le cédant post-cession (et non la valeur des titres cédés), le complément de prix serait imposé comme un salaire ou un revenu d'activité, avec des conséquences sociales et fiscales significativement plus lourdes.

Pour minimiser ce risque de requalification, il est recommandé de :

  • Distinguer clairement le complément de prix (lié à la performance de l'entreprise) de la rémunération du cédant pendant la période d'accompagnement.
  • Fonder le calcul de l'earn-out sur des métriques objectives de performance de l'entreprise (CA, EBITDA), et non sur la contribution personnelle du cédant.
  • Éviter que le paiement de l'earn-out soit conditionné à la présence du cédant dans l'entreprise.

Impôt sur les sociétés : déductibilité côté acquéreur

Pour l'acquéreur, le complément de prix constitue un élément du coût d'acquisition des titres. Il n'est pas déductible du résultat imposable de l'entreprise acquise (il s'agit d'un prix d'achat de titres, pas d'une charge d'exploitation). En revanche, il augmente le prix de revient fiscal des titres, ce qui réduira la plus-value en cas de revente ultérieure.

Rédaction de la clause d'earn-out : bonnes pratiques

La qualité de rédaction de la clause d'earn-out est déterminante pour éviter les litiges post-cession. Les points essentiels à traiter sont les suivants :

Choix de la métrique

Le choix de la métrique est la décision la plus structurante. Les principales options et leurs implications :

  • Chiffre d'affaires :Métrique simple, difficilement manipulable par l'acquéreur (il est peu probable qu'un acquéreur réduise volontairement le CA). En revanche, elle ne tient pas compte de la rentabilité : l'acquéreur pourrait être tenu de payer un earn-out élevé sur un CA croissant mais non rentable.
  • EBITDA :Métrique plus fine, reflétant la rentabilité opérationnelle. Mais l'EBITDA est plus facilement influençable par les décisions de gestion de l'acquéreur (augmentation des charges, investissements accélérés, recrutements). La clause doit prévoir des règles de calcul précises et des exclusions.
  • Résultat net : Fortement déconseillé car trop facilement manipulable par les décisions comptables et fiscales.
  • Métriques spécifiques :Nombre de clients, taux de rétention, volume d'affaires d'un segment spécifique. Adaptées lorsque l'earn-out vise un objectif précis (maintien d'un client clé, développement d'une activité nouvelle).

Période de mesure

La durée de la période d'earn-out doit être suffisante pour permettre une évaluation significative de la performance, tout en limitant la durée d'incertitude pour les deux parties. En France, les périodes d'earn-out se situent typiquement entre douze et trente-six mois après le closing. Au-delà de trois ans, l'earn-out devient difficile à gérer : l'influence du cédant sur la performance s'estompe, et les décisions de l'acquéreur modifient profondément l'entreprise.

Mécanisme de calcul et vérification

La clause doit prévoir :

  • Les règles comptables applicables au calcul de la métrique (référentiel PCG, méthodes d'amortissement, traitement des charges exceptionnelles).
  • Le droit du cédant d'accéder aux comptes et aux documents justificatifs pendant la période d'earn-out.
  • Un mécanisme de vérification par un tiers (expert-comptable indépendant) en cas de désaccord sur le calcul.
  • Les délais de communication des résultats et de paiement.
  • Les conséquences d'un changement de périmètre (acquisition d'une filiale, cession d'activité) sur le calcul de l'earn-out.

Clauses de protection du cédant

Pour protéger le cédant contre les décisions de gestion de l'acquéreur qui pourraient artificiellenent réduire l'earn-out, la clause peut prévoir :

  • L'obligation pour l'acquéreur de maintenir une exploitation normale de l'entreprise (pas de réduction volontaire d'activité, pas de transfert de chiffre d'affaires vers une autre entité).
  • L'interdiction de certaines opérations sans le consentement du cédant (fusion, changement d'activité, cession d'actifs significatifs).
  • Un plancher (floor) garantissant un paiement minimum en toute hypothèse.
  • Un mécanisme d'accélération en cas de revente de l'entreprise par l'acquéreur avant la fin de la période d'earn-out.

Earn-out versus crédit vendeur : complémentarité et distinction

L'earn-out et le crédit vendeur sont deux formes de paiement différé, mais leur nature est fondamentalement différente :

  • Le crédit vendeur :C'est un prêt consenti par le cédant à l'acquéreur. Le montant est fixe et déterminé à la date de cession. Le remboursement est certain (sauf défaillance de l'acquéreur). Le risque du cédant est un risque de crédit (non-paiement), pas un risque de performance.
  • L'earn-out :C'est un complément de prix conditionnel. Le montant dépend de la performance future. Le paiement est incertain : si les objectifs ne sont pas atteints, le cédant ne reçoit rien (ou un montant réduit). Le risque du cédant est un risque de performance.

Dans la pratique française, il est courant de combiner les deux mécanismes dans un même montage : un prix de base payé au closing, un crédit vendeur à taux fixe remboursable sur trois ans, et un earn-out conditionné à la performance sur les deux premières années. Cette combinaison permet de satisfaire le cédant (prix global potentiellement élevé) tout en protégeant le repreneur (paiement différé et conditionné).

L'articulation entre earn-out et crédit vendeur doit être soigneusement définie dans le protocole de cession, notamment l'ordre de priorité des paiements en cas de difficulté de trésorerie de l'entreprise acquise.

Gestion de l'earn-out post-closing

La période d'earn-out est souvent une source de tension entre cédant et acquéreur. Quelques bonnes pratiques permettent de limiter les conflits :

  • Communication régulière :Fournir au cédant des reportings périodiques (mensuels ou trimestriels) sur les métriques de l'earn-out, même si le contrat n'y oblige pas formellement. La transparence réduit la méfiance.
  • Séparation des responsabilités :Si le cédant est encore dans l'entreprise pendant la période d'earn-out, clarifier son rôle et ses prérogatives pour éviter les interférences avec la gestion courante.
  • Anticipation des litiges :Prévoir dans le contrat un mécanisme de résolution des différends rapide et efficace : expertise indépendante, médiation, arbitrage. Les procédures judiciaires classiques sont longues et coûteuses.
  • Documentation des décisions : L'acquéreur a intérêt à documenter les raisons économiques de ses décisions de gestion pendant la période d'earn-out, en anticipation d'une éventuelle contestation du cédant.

Pour aller plus loin

Le complément de prix est un outil puissant mais exigeant en termes de rédaction et de gestion. Pour approfondir les sujets connexes, consultez nos autres guides :

Sources

  • Code civil, Articles 1104, 1163 et suivants (réforme du droit des obligations du 1er octobre 2016).
  • Code général des impôts, Article 150-0 A (plus-values mobilières des particuliers).
  • Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFiP) — Régime fiscal des compléments de prix de cession de titres, 2024.
  • Ordre des Avocats — Les Clauses de Complément de Prix dans les Cessions de PME : État de la Jurisprudence, 2024.
  • Bpifrance — Structurer le Prix de Cession : Guide Pratique pour Cédants et Repreneurs, 2024.

Frequently Asked Questions

Comment est imposé l’earn-out en France ?
Le traitement fiscal dépend de sa qualification : complément de prix de cession (plus-values) ou rémunération (revenu). La rédaction des clauses est cruciale.

Sources & References

  1. Pratique du Droit Français des Affaires - Le Complément de Prix en M&A (2024)

Disclaimer

This article is educational content about search funds and Entrepreneurship Through Acquisition (ETA). It does not constitute financial, legal, tax, or investment advice. Always consult qualified professional advisors before making investment or acquisition decisions.

SF

SearchFundMarket Editorial Team

Our editorial team combines academic research from Stanford GSB, INSEAD, IESE, and HEC with practitioner insights to produce the most thorough ETA knowledge base in Europe.

Read our editorial policy

Articles connexes

Prêt à lancer votre recherche ? Rejoignez SearchFundMarket →